mercredi 11 mars 2009

Michel's Melon: Parfums DelRae Émotionnelle


Michel Roudnitska’s compositions for Parfums DelRae have always had a generous, expansive disposition – their voice carries far and their tone is assured, much in the style of classic perfumery, but slightly amped up to cut through the contemporary olfactory cacophony.

Émotionnelle is no exception. Though the inspiration, this time, is no longer San Francisco but Paris – and more specifically, DelRae Roth’s memories of her stay in Paris – the overall feeling points southwards to Provence. Roudnitska’s contribution to Roth’s initial conception is a vibrant, saturated melon note. You can’t not think of the fragrance his father composed for his mother, Le Parfum de Thérèse, and of Diorama, which both feature a melon top note: this is clearly a tribute to the great Edmond. But smelled side by side, Thérèse and Diorama are clearly different from Émotionnelle, a bit darker in feel – they are, after all, chypres, which the DelRae is not, though in many ways it has a chypre structure (bergamot, labdanum and a vetyver-cedar base standing in for oak moss). A prune note also points to the Roudnitska heritage, but in Émotionnelle, it doesn’t have the slightly dusty, nutty facets of the nonalactone, also known as prunolide, of the Prunol base used in the original Femme: this is clearly Michel’s, and not Edmond’s work.

For the calone-haters out there: the melon, here, isn’t played for an aquatic effect. In fact, it is so realistic you can practically taste the orange flesh of the sun-ripened, un-watered fruit offered in the markets of Cavaillon in high summer, further brightened by the bergamot and tangerine that cut through the sweetness, with the lash of green of the violet leaves adding to the vegetal freshness.

More strangely, this melon displays an almost animalic facet, intensified by the other dominant opening note, honey… This melon-honey accord keeps on expanding for hours until it burst – again, the image is of a giant, ripe fruit – to release an intensely lovely, suave jasmine-amber-vanilla accord sprinkled with spices (clove, cinnamon) and cooled off with a metallic blade of ionones (violet, iris). In an interview to Sniffapalooza Magazine, Michel Roudnitska speaks of “spicy leather notes”, and though I don’t specifically get leather, I can see where he’s going: a very subtle, darker counterpoint to the sunny juiciness and heady florals, that hints at skin as lusciously as any classic, without actually repeating the classics. Great job, beautiful scent.


Image: Claude Monet, Still Life with Melon (1872)

Le Melon de Michel : Émotionnelle des Parfums DelRae


Les compositions de Michel Roudnitska pour les Parfums DelRae ont toujours affiché un caractère généreux et volubile – leur voix est assurée et elle porte loin, dans le style de la parfumerie classique, mais un ton au-dessus, comme pour percer dans la cacophonie olfactive contemporaine.

Émotionnelle ne fait pas exception. Bien que l’inspiration, cette fois, ne soit plus San Francisco mais Paris – et plus précisément, les souvenirs de DelRae Roth de son séjour parisien – l’ambiance me semble en fait plus méridionale… L’apport de Roudnitska au concept d’origine de la créatrice de la ligne est une note de melon intense, saturée. On ne peut s’empêcher de songer au parfum que son père a composé pour sa mère, Le Parfum de Thérèse, ou encore à Diorama, qui ont tous deux aussi une note de tête de melon : il s’agirait donc d’un hommage du fils au père… Mais sentis côte à côte, Thérèse et Diorama sont nettement différents d’Émotionnelle, un peu plus sombres – après tout, ce sont des chypres, ce que n’est pas tout à fait le DelRae, bien qu’il adopte un structure chypre (bergamote, labdanum, et une base vétiver-cèdre à la place de la mousse de chêne). Une note prune évoque également le patrimoine Roudnitska, mais dans Émotionnelle, elle est dépourvue des facettes un peu poussiéreuses et « noisette » de la nonalactone, qu’on appelle aussi prunolide, présente dans la base Prunol utilisée par exemple dans Femme. La composition porte, sans aucun doute possible, la signature de Michel et non celle d’Edmond.

Pour ceux et celles qui détesteraient la calone et que l’idée même du melon ferait fuir pour cette raison : le melon en question ne produit aucun effet aquatique. Il est d’ailleurs tellement réaliste qu’on peut pratiquement goûter la chair ensoleillée, pas trop arrosée, des fruits offerts sur les marchés de Cavaillon en plein été, éclairé par la bergamote et la tangerine qui coupent son goût sucré. La verdeur des feuilles de violette ajoutent à la sensation de fraîcheur végétale.

Mais le plus curieux, dans ce melon, c’est sa facette presque animale, intensifiée par l’autre note de tête dominante : le miel. Cet accord melon-miel gagne en volume pendant des heures jusqu’à ce qu’il éclate comme un fruit trop mûr, pour libérer un accord absolument ravissant de jasmin, d’ambre et de vanille relevé d’une pincée d’épice (clou de girofle, cannelle) et rafraîchi d’une lame d’ionones (violette, iris). Dans un entretien accordé à Sniffapalooza Magazine, Michel Roudnitska parle de « notes cuirées épicées », et bien que je ne sente pas vraiment de cuir, je vois où il veut en venir : un contrepoint sombre et subtil au côté juteux et ensoleillé, puis capiteux et floral de la composition, qui crée une allusion à la peau… Émotionnelle a la richesse d’une classique, sans en répéter la formule. Magnifique boulot, parfum superbe.

Image: Pierre-Auguste Renoir, Nature morte au melon

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