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Extraits
illustrés du poème
"Pierre de Soleil"
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La "Pierre de
Soleil" représente la " Roue du Temps " ,
le calendrier en pierre des Aztèques.
Considéré comme le plus
grand poême d'Octavio Paz il nous fait traverser successivement tous les états d'âmes :
lyrique et érotique, il exprime la profonde solitude de l'homme qui peut seulement être
transcendée par la recherche de la communion, l'amour sexuel, la compassion et la foi. |
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Un saule de cristal, un peuplier d'eau,
Un haut jet d'eau arqué par le vent,
Un arbre bien planté quoique dansant,
un cheminement de rivière qui s'incurve,
avance, recule, vire et arrive toujours:
une démarche paisible d'étoile
ou de printemps sans hâte. |
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Eau avec les paupières fermées
dont sourdent toute la nuit des prophéties,
présence unanime en houle,
vague après vague jusqu'à tout recouvrir.
verte souveraineté sans crépuscule
comme l'éblouissement des ailes
lorsqu'elles s'ouvrent en plein ciel.
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Une présence comme un chant soudain,
comme le vent chantant dans l'incendie,
un regard qui maintient suspendu
le monde avec ses mers et ses montagnes. |
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Corps de lumière filtré par
une agate,
jambes de lumière, ventre de lumière,
baies, roc solaire, corps couleur de nuage,
couleur de jour rapide qui saute,
l'heure scintille et prend corps,
le monde est maintenant visible dans ton corps,
il est transparent dans ta transparence. |
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Je vais entre des galeries de sons,
Je flue entre les présences résonnantes,
comme un aveugle je vais à travers les transparences, un reflet m'efface,
je nais dans un autre,
ô forêt de piliers enchantés,
sous les arcs de lumière je pénètre
dans les corridors d'un automne diaphane. |
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Je vais par ton corps comme par le monde,
ton ventre est une place ensoleillée,
tes seins deux églises où le sang
célèbre ses mystères parallèles,
mes regards te couvrent comme de lierre,
tu es une ville que la mer assiège,
une muraille que la lumière divise
en deux moitiés couleur de pêche,
un lieu de sel, de rocs et d'oiseaux
sous la loi de midi recueilli.
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Vêtue de la couleur de mes
désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais par tes yeux comme dans l'eau,
je vais par ton front comme par la lune,
comme le nuage par ta pensée,
je vais suivant ton ventre comme dans tes rêves. |
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Tu es pluie toute la nuit, tout le jour,
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,
tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,
sur mes os tu fais la pluie, dans ma poitrine
un arbre liquide plonge ses racines d'eau, |
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Je vais
par ta taille comme par une rivière,
je vais par ton corps comme dans un bois,
comme dans la montagne,
sur un sentier qui aboutit soudain à un abîme. |
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Je vais par tes pensées effilées
et à la sortie de ton front blanc
mon ombre précipitée se brise,
je recueille mes fragments un à un
et je continue sans corps,
je cherche à tâtons.
je cherche sans trouver,
j'écris dans la solitude, |
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Il n'y a personne,
le jour tombe,
l'année tombe,
je tombe avec l'instant,
je tombe au fond,
invisible chemin sur des miroirs
qui répètent mon image brisée. |
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Ecriture du feu sur le jade,
écriture du vent dans le désert,
testament du soleil, grenade, épi. |
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Visage de flammes,
visage dévoré,
visage adolescent et persécuté,
l'instant brûle
et les visages successifs de la flamme
ne sont qu'un seul visage. |
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devant le soir de salpêtre et de pierre,
armé d'invisibles couteaux,
d'une écriture rouge indéchiffrable,
tu écris sur ma peau, et ces blessures
comme un habit de flammes me recouvrent, |
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Je brûle sans me consumer,
je cherche l'eau,
et dans tes yeux il n'y a pas d'eau,
ils sont de pierre,
et tes seins, ton ventre, tes hanches
sont de pierre,
ta bouche a un goût de poussière,
ta bouche a goût de temps empoisonné, |

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ton corps a goût de puits sans
issue,
il n'y a rien en moi sauf une grande blessure,
un creux que personne ne parcourt plus. |
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Les masques pourris qui séparent l'homme des
hommes,l'homme de lui même, s'écroulent pendant un instant immense
et nous entrevoyons notre unité perdue,
la détresse d'être,
la gloire d'être encore,
le partage du pain, le soleil, la mort,
la stupeur oubliée de vivre. |
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Aimer est combattre,
le monde change quand deux amants s'embrassent,
les désirs s'incarnent,
la pensée s'incarne,
des ailes croissent sur les épaules de l'esclave,
le monde est réel et tangible,
le vin est vin,
le pain retrouve sa saveur,
l'eau est de l'eau.
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Aimer est combattre,
ouvrir des portes,
cesser d'être un fantôme
avec un matricule
condamné à la chaîne perpétuelle
par un maître sans visage,
le monde change quand deux êtres
se regardent et se reconnaissent. |
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