"Pierre de Soleil"                                         

Spectacle multisensoriel

de

Michel Roudnitska

inspiré du poème d'Octavio Paz

(Prix Nobel de littérature 1990 décédé en avril 1998)

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" Pierre de Soleil " est un hymne passionné au désir et à la brûlure d’amour qui peut devenir une source libératrice.

La particularité de ce spectacle réside dans deux innovations scénographiques majeures:

  • un fond de scène animé réalisé en images vidéo virtuelles associées à des images réelles transformées numériquement, projeté sur un écran de 5 m de base et sur le corps des danseurs. La chorégraphie s'appuie sur l'interaction étroite entre la dynamique de ces images mouvantes et la gestuelle du couple de danseurs.
  • Une partition olfactive en 7 séquences retraduisant les ambiances odorantes évoquées par le poème d'Octavio Paz, et qui s'enchaînent graduellement comme une mélodie olfactive grâce à une nouvelle technologie de diffusion rapide à grande échelle, fonctionnant même en plein air:
  • Ambiances olfactives évoquées:

    - Eaux vives : de la rivière à la mer,
    - Ambiance ensoleillée, sensuelle et fruits d'été,
    - Humus de forêt tropicale, solitude
    - Fumée de feu de bois, pierre sèche
    - Arôme de Cognac, joie de vivre
    - Evocation de monastère (encens, myrrhe,fleur de lotus),
    - Parfum d'amour et pétales de rose.

L’utilisation conjointe de toutes ces techniques, dans une parfaite cohérence formelle et émotionnelle, donne naissance à un nouveau type de spectacle total visant à nous toucher au plus profond de notre être.

 

Création en avant-première
lors du 2ème colloque du "Nouvel Art d’Aimer"

le 21 juin 1998 à Paris


Chorégraphie:

Patricia Olive et Yann Lheureux

Voix:

Jean-Claude Marol

Mise en scène, images et partition olfactive:

Michel Roudnitska

Technique diffusion olfactive:

Sigmacom

Production:

Olfactive Vision & Musique d’Images




  Extraits illustrés du poème
"Pierre de Soleil"                                                     
 

La "Pierre de Soleil" représente la " Roue du Temps " ,
le calendrier en pierre des Aztèques.

Considéré comme le plus grand poême d'Octavio Paz il nous fait traverser successivement tous les états d'âmes : lyrique et érotique, il exprime la profonde solitude de l'homme qui peut seulement être transcendée par la recherche de la communion, l'amour sexuel, la compassion et la foi.

 
Un saule de cristal, un peuplier d'eau,
Un haut jet d'eau arqué par le vent,
Un arbre bien planté quoique dansant,
un cheminement de rivière qui s'incurve,
avance, recule, vire et arrive toujours:
une démarche paisible d'étoile
ou de printemps sans hâte.
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Eau avec les paupières fermées
dont sourdent toute la nuit des prophéties,
présence unanime en houle,
vague après vague jusqu'à tout recouvrir.
verte souveraineté sans crépuscule
comme l'éblouissement des ailes
lorsqu'elles s'ouvrent en plein ciel.
  

Une présence comme un chant soudain,
comme le vent chantant dans l'incendie,
un regard qui maintient suspendu
le monde avec ses mers et ses montagnes.
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Corps de lumière filtré par une agate,
jambes de lumière, ventre de lumière,
baies, roc solaire, corps couleur de nuage,
couleur de jour rapide qui saute,
l'heure scintille et prend corps,
le monde est maintenant visible dans ton corps,
il est transparent dans ta transparence.

Je vais entre des galeries de sons,
Je flue entre les présences résonnantes,
comme un aveugle je vais à travers les transparences, un reflet m'efface,
je nais dans un autre,
ô forêt de piliers enchantés,
sous les arcs de lumière je pénètre
dans les corridors d'un automne diaphane.
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Je vais par ton corps comme par le monde,
ton ventre est une place ensoleillée,
tes seins deux églises où le sang
célèbre ses mystères parallèles,
mes regards te couvrent comme de lierre,
tu es une ville que la mer assiège,
une muraille que la lumière divise
en deux moitiés couleur de pêche,
un lieu de sel, de rocs et d'oiseaux
sous la loi de midi recueilli.
 

 

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Vêtue de la couleur de mes désirs
comme ma pensée tu vas nue,
je vais par tes yeux comme dans l'eau,
je vais par ton front comme par la lune,
comme le nuage par ta pensée,
je vais suivant ton ventre comme dans tes rêves.

Tu es pluie toute la nuit, tout le jour,
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,
tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,
sur mes os tu fais la pluie, dans ma poitrine
un arbre liquide plonge ses racines d'eau,
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Je vais par ta taille comme par une rivière,
je vais par ton corps comme dans un bois,
comme dans la montagne,
sur un sentier qui aboutit soudain à un abîme.

Je vais par tes pensées effilées
et à la sortie de ton front blanc
mon ombre précipitée se brise,
je recueille mes fragments un à un
et je continue sans corps,
je cherche à tâtons.
je cherche sans trouver,
j'écris dans la solitude,

 

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Il n'y a personne,
le jour tombe,
l'année tombe,
je tombe avec l'instant,
je tombe au fond,
invisible chemin sur des miroirs
qui répètent mon image brisée.

Ecriture du feu sur le jade,

écriture du vent dans le désert,

testament du soleil, grenade, épi.
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Visage de flammes,
visage dévoré,
visage adolescent et persécuté,
l'instant brûle
et les visages successifs de la flamme
ne sont qu'un seul visage.

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devant le soir de salpêtre et de pierre,
armé d'invisibles couteaux,
d'une écriture rouge indéchiffrable,
tu écris sur ma peau, et ces blessures
comme un habit de flammes me recouvrent,
Je brûle sans me consumer,
je cherche l'eau,
et dans tes yeux il n'y a pas d'eau,
ils sont de pierre,
et tes seins, ton ventre, tes hanches
sont de pierre,
ta bouche a un goût de poussière,
ta bouche a goût de temps empoisonné,
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ton corps a goût de puits sans issue,
il n'y a rien en moi sauf une grande blessure,
un creux que personne ne parcourt plus.

Les masques pourris qui séparent l'homme des hommes,l'homme de lui même, s'écroulent pendant un instant immense
et nous entrevoyons notre unité perdue,
la détresse d'être,
la gloire d'être encore,
le partage du pain, le soleil, la mort,
la stupeur oubliée de vivre.
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Aimer est combattre,
le monde change quand deux amants s'embrassent,
les désirs s'incarnent,
la pensée s'incarne,
des ailes croissent sur les épaules de l'esclave,
le monde est réel et tangible,
le vin est vin,
le pain retrouve sa saveur,
l'eau est de l'eau.

 

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Aimer est combattre,
ouvrir des portes,
cesser d'être un fantôme
avec un matricule
condamné à la chaîne perpétuelle
par un maître sans visage,
le monde change quand deux êtres
se regardent et se reconnaissent.

 

Aimer est se dépouiller de son nom:
"permets que je sois ta putain",
ce sont les paroles d'Héloïse,
mais il céda aux lois,
la prit comme épouse
et comme récompense il fut châtré.

Mieux vaut le crime,
les amants qui se suicident,
l'inceste du frère et de la sœur,
miroirs amoureux de leur ressemblance,
mieux vaut manger le pain empoisonné,
l'adultère dans des lits de cendre,
les amours féroces, le délire,
son lierre vénéneux, le sodomite
qui, comme un œillet à la boutonnière
porte un crachat, mieux vaut être lapidé
sur les places que de tourner la noria
qui exprime la substance de la vie,
change l'éternité en heures creuses,
les minutes en prison,
le temps en pièces de billon
et en chiasse abstraite.

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Mieux vaut la chasteté,
fleur invisible qui se balance
sur les tiges du silence,
le difficile diamant des saints
qui filtre les désirs,
rassasie le temps,
noces de la quiétude
et du mouvement,
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la solitude chante dans sa corolle,
chaque heure est un pétale de cristal,
le monde se dépouille de ses masques,
et en son centre, vibrante transparence,
ce que nous appelons Dieu, l'être sans nom,
se contemple dans le néant,
soleil des soleils,
plénitude de présences et de noms


Je retourne où j'ai commencé,
je cherche ton visage,
je chemine par les rues de moi-même
sous un soleil sans âge,
et toi à mon côté
tu chemines comme un arbre,
comme une rivière.
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Tu croîs comme un épi entre mes mains,
tu voles comme mille oiseaux,
ton rire m'a couvert d'écumes,
ta tête est un petit astre entre mes mains,


le monde reverdit si tu souris
en mangeant une orange,
le monde change quand deux amants, vertigineux et enlacés,
tombent sur l'herbe :
le ciel descend, les arbres s'élèvent,
l'espace n'est que lumière et silence,
espace ouvert à l'aigle de l'œil,
passe la blanche tribu des nuages.
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Le corps rompt ses amarres,
l'âme lève l'ancre,
nous perdons nos noms
et nous flottons à la dérive
entre le bleu et le vert,
temps total où ne se passe rien
que son propre écoulement heureux.


   Octavio PAZ    1957 - Gallimard
   (Traduction de Benjamin Perret)