LE PLAIDOYER D' UN ENFANT DU SIECLE

Cosmétics News   17/07/89

 

Certains de ses confrères reconnaissent en lui un maître et tous le considèrent comme un des plus grands compositeurs du siècle. Il a crée notamment Femme, Diorissimo, L' Eau Sauvage et l' Eau d' Hermès, pour ne citer que les plus connus de ses parfums. A 84 ans passés, toujours actif, il est devenu le chef de file des Rénovateurs, et se déclare prêt à faire la Révolution... pour restaurer le prestige de la parfumerie française. Il nous a reçues longuement à Cabris où il vit, tout près de Grasse.

Edmond Roudnitska a entamé sa réflexion sur l'esthétique en 45. Elle n'est pas terminée, même si ce travailleur acharné a déjà formalisé une partie de ses recherches dans un livre édité en 1977 : "L'Esthétique en Question" (Ed. PUF). En 80, il décide de s'adresser à un public plus large, et écrit "Le Parfum", dans la collection "Que sais-je ?" La réédition de 87 lui permet d'ajouter quelques lignes sur le "terrrorisme olfactif", la nécessité de redonner "la parole au talent", et de réfléchir à l'esthétique.

vesteblanc.JPG (116277 octets) Aujourd'hui encore, Edmond Roudnitska s'installe tous les matins derrière sa table, face aux collines de Grasse, et rédige à la main ses mémoires de créateur et de théoricien. Déçu par la méthodologie actuelle des compositeurs et des marques, Edmond Roudnitska jouerait volontiers le rôle du rénovateur de service, avec un programme bien établi, qu'il est en train de finaliser dans un livre intitulé "Perfumes, art, science & technology", bientôt publié par Elzevir sous l'égide de Givaudan.

Il sera le signataire du premier chapitre, consacré à "l'art de la parfumerie". Il y traite des racines de la parfumerie, de l'hédonisme, de la relation avec les autres arts et de la composition. Défenseur d'une cause ? Plutôt de plusieurs causes : le parfum, le beau, la qualité, l'originalité. " S'il savait clairement discerner entre le beau et le laid, l'homme ne pourrait jamais supporter d'être laid, en aucune circonstance. Et il réussirait mieux sa vie", a-t-il écrit dans sa seconde introduction au "Que sais-je ?" sur le parfum.

CN/ Ne pensez-vous pas que, plus qu'une absence de liberté, c'est d'une absence d'audace dont nous souffrons. Et cette absence d'audace ne tient-elle pas à ce que les parfums coûtant de plus en plus cher à lancer, les maisons hésitent donc à prendre des risques ?

ER/ Vous avez sûrement raison. D'ailleurs, les marques appellent les parfums de créations, des parfums "à risque" ! (rires) Mais il y a environ neuf échecs sur dix dans les créations actuelles. Vous n'appelez pas ça prendre un risque, vous ? Risque pour risque, cela n'aurait pas coûté plus cher que les neufs échecs pour cause de banalité soient remplacés par neuf tentatives audacieuses.

 
Nathalie Charon

Sabine Chabbert